Échappée en Chartreuse: Rocher de Chalves et Grande Sure (46Km – 3000D+)

Vendredi matin le réveil sonne à 5h20, avec mon beau-frère Steven, compagnon d’aventure pour cette échappée en Chartreuse, nous nous préparons silencieusement, pas question de réveiller le reste de la maisonnée.

Nous avalons rapidement un petit déjeuner histoire des prendre de forces, les pizzas de la veille n’ayant pas été forcement l’apport énergétique le plus efficace. Mais bon, les pizzas de veilles de bambées sont toujours les meilleurs !

5h55 : l’heure pour décoller de la maison. Le sac à dos sur le dos, trop lourd forcement, nous cisaille déjà les épaules, moi qui suit un habitué des sacs de trail, je dois avouer que trimbaler le nécessaire pour deux jours en montagne me semble être un chargement digne d’un cortège reliant deux caravansérails en plein désert. Et pourtant j’ai optimisé, pas de superflu juste de l’utile et efficace, certes un peu de confort avec un réchaud et une « popote ». Ne nous plaignons pas, nous somme des privilégiés, en bonnes santé, avec une météo au top.

Nous montons dans le tram, nous avons décidé de ne pas utiliser de voiture pour cette bambée, histoire de rendre l’aventure plus savoureuse intellectuellement, et surtout moins polluante !

45 minutes plus tard nous nous retrouvons au terminus du tram E. Finalement c’est symboliquement un bon moyen pour quitter la civilisation, au bout de la rue commence l’aventure, dans notre cas c’est au bout du tram.

Nous nous engageons enfin sur un sentier, il grimpe, forcement aujourd’hui il n’y a que de la grimpette, pas un poil de plat ou de descente. Je laisse le temps à mon beau-frère le temps de trouver son rythme, et moi de me souvenir que ce n’est pas une sortie trail. Il fait encore frais dans cette forêt qui nous mène au village de Mont-Saint-Martin.

Rapidement nous prenons de l’altitude, dépassons le charmant village de Mont-Saint-Martin et continuons nôtre ascension en foret. Le rythme est tranquille ce qui nous laisse le temps de papoter et de profiter du plaisir simple de fournir un effort en pleine nature.

Plus on avance, plus le chemin devient escarpé. J’aime le dénivelé, définitivement j’aime cet effort spécifique, qui offre une certaine plénitude, un état méditatif bien agréable. Petit à petit la végétation change, nous offrant au passage d’excellente framboises sauvage. Les arbres deviennent arbuste, les arbustes deviennent fleurs, les fleurs deviennent herbe, et enfin, la vue s’ouvre. Comme d’habitude j’ai l’impression que cela se fait d’un coup. Une seconde avant nous étions la « tête dans le guidons » et la seconde d’après, sans prévenir, le paysage s’offre à nous. J’ai beau avoir l’immense privilège de vivre régulièrement cette situation, je crois que je ne m’en lasserais jamais.

Notre objectif du jour est bientôt là, nous arrivons après plus de 5 heures d’efforts au Refuge des Bannettes. Une petite cabane simple mais d’un confort 3 étoiles puisqu’elle dispose de 6 vrais matelas, le luxe !

Nous prenons possession des lieux, installons nos duvets l’étage et découvrons avec joie que la source est à un dizaine de mètres à peine du refuge. Il est environs 12h30, les ventres crient famine, sans plus attendre nous nous lançons dans la préparation de notre repas : Taboulé et nems. Histoire de faire les choses bien, nous sortons le réchaud et la poêle car selon Steven : des nems froids c’est le mal. Va pour des nems chauds !

Mon beau-frère est HS, les 1700 mètres de dénivelés avalés le matin on semble-t-il laissées quelques traces. Il décide de profiter du confort du refuge pour passer l’après-midi au calme. De mon côté, j’avale un thé bien chaud, me déleste de mon sac à dos, je remplis deux bidons qui rentre dans la poche arrière de mon short et prend deux barres énergétique au cas où.

Mon premier objectif de l’après midi est de monter au sommet qui surplombe notre refuge, le Rocher de Chalves. Je reprends donc notre chemin du matin dans l’autre sens sur quelques mètres avant d’attaquer une grimpette droit dans la pente. Sans le sac à dos je me sens soudainement léger, sensation agréable de « voler » sur le sentier.

Quelques minutes plus tard me voilà déjà au sommet. Un accès comme je les aimes, ou les mains s’avèrent souvent nécessaire, sans doute des réminiscences de mon ancienne passion pour l’escalade. De là-haut notre refuge semble un minuscule cabane fébrile, fragile face à l’immensité du lieu.

Depuis le sommet, la vue s’ouvre sur les sommets environnant : Chamechaude, la Pinéa, au loin le Vercors ou Belledonne.

Je ne m’attarde pas au sommet, trop envie de découvrir encore d’autres sentiers, d’autres point de vue. Je passe à nouveau devant notre refuge, je profite de la source pour m’hydrater et faire le plein en eau. Un coucou au beau-frère qui envisage sérieusement une bonne petite sieste !

Je file en direction du Col d’Hurtières, en empruntant la magnifique prairie de Vavarey. Le sentier est très agréable, je me sens en bonne forme, j’en profite. Le paysage est magnifique et courir dans un lieu pareil donne des ailes !

Après une courte ascension vers le Col d’Hurtières la vue change, la Grande Sure domine la situation, ce sera notre objectif du lendemain d’ailleurs. Mon idée de boucle s’affine : descendre faire le plein d’eau au Refuge d’Hurtières et revenir par le sublime sentier en balcon qui longe le bas des falaises.

Je descends donc faire le plein d’eau à la source du refuge d’Hurtières puis entame une nouvelle grimpette pour récupérer le sentier qui longe les falaises. Une fois sur le sentier c’est juste un pur plaisir, c’est exactement le type de sentier qui te permet de courir tout en profitant d’un panorama extraordinaire : le top !

Je retrouve ensuite le Col d’Hurtières, la prairie de Vavarey, et finalement le refuge des Bannettes. Une belle journée sportive avec 22 Km et 2450 D+. Après un bon thé bien chaud, je file à la source pour tenter une toilette rudimentaire : ça fait un bien fou d’enfiler des fringues propres et de sentir le bébé, merci aux lingettes du beau-frère !

En attendant l’heure du repas nous flânons dans les alentours du refuge. Un jour de plus et nous aurions appelé chaque vaches par son prénom 😉 .

Pour le repas du soir, ce sera grand luxe ! Nous réchauffons les nems qui nous reste, accompagné par des nouilles chinoise au poulet : royal ! La tome de Savoie prendra une énorme claque, et les petites poires déshydratées viendrons nous donner une bonne touche de sucré pour le dessert. Les ventres sont pleins et ça fait du bien.

Nous prenons un peu de hauteur pour s’installer confortablement pour le spectacle qui approche, mieux qu’une séance de cinéma en IMAX 3D : le couché de soleil ! Et le spectacle a été à la hauteur, un sublime couché de soleil.

Nous redescendons au refuge, un groupe de 5 personnes arrivent pour passer la nuit. Nous leur offrons une bonne tisane Yogi Tea, discutons quelques minutes, puis rapidement tout le monde semble vouloir profiter du confort des matelas. Je m’endormirais ultra rapidement, au son de la voie de l’un de nos colocataires du soir tentant une lecture d’un passage de son livre du moment.

Samedi 6h00 pétante, j’ouvre les yeux, je suis le premier à me réveiller, privilège de l’âge, je suis le plus « ancien » du groupe. Silencieusement je descends du dortoir et file me rafraîchir à la source. Un troupeau d’une vingtaine de chamois passe juste au-dessus du refuge, c’est instant magique. La lumière du matin est toujours aussi belle et apaisante.

Je profite d’être le seul réveiller pour faire le plein d’eau, boucler mon sac, préparer le p’tit dej. Vers 7h je vais tranquillement réveiller mon beau-frère encore profondément endormie, l’air de la montagne n’y est pas pour rien. Le reste du groupe suivra le mouvement. Je prépare le thé pour tout le monde.

Nous saluons le groupe, et nous mettons en marche, une grosse journée nous attend avec en ligne de mire le sommet de la Grande Sure. Nous empruntons le même sentier que celui que j’avais pris la veille en mode trail : prairie de Vavaray, Col d’Hurtiers et refuge d’Hurtiers.

Nous faisons le plein d’eau au refuge, et attaquons l’ascension en direction du Col de la Sure. Mon beau-frère commence à grimacer silencieusement dans les montées. Ont ralenti le rythme, la journée va être longue, nous ne sommes pas pressés.

Au Col de la Sure le sentier devient plus escarpé, plus caillouteux. Ce n’est pas pour me déplaire, par contre je vois que Steven est en galère, ses jambes sont douloureuses en cette deuxième journée. Petit à petit nous prenons de la hauteur, au loin le Mont-Blanc nous observe, et presque par surprise nous atteignons le sommet.

Du sommet j’avais initialement prévu de descendre vers le refuge de Jusson par « le Couloir de Jusson », mais devant la fatigue de Steven, j’envisage un autre itinéraire, plus long mais moins engagé, je préféré jouer la sécurité ! Nous descendons par l’arrête S, un sentier superbe sur la partie haute, aérien et agréable. Dans la partie basse l’inclinaisons se fait plus forte et de nombreux passages doivent s’effectuer en désescalade, pas simple pour mon beau-frère que la situation met en difficulté. Nous prenons donc tout notre temps, pas après pas, mètres après mètres. A l’issue d’un effort intense pour Steven nous atteignons enfin « La Pelouse ». Il veut faire une longue pause, prendre le repas. Je lui propose de continuer quelques minutes jusqu’au refuge d’Hurtières pour profiter de la source d’eau fraîche, d’une table et de l’ombre.

Lors de cette courte portion, Steven prend conscience de l’exploit qu’il vient d’accomplir en voyant le sommet derrière nous. Nous atteignons le refuge rapidement, et sans attendre je prépare le repas : pain et fromage pour moi, nouilles chinoises chaude pour mon beau-frère. On prend notre temps, la route sera encore longue avant d’arriver au tram ! Nous nous faisons chauffer de l’eau pour un bon litre de café qui sera salutaire pour Steven. Nous nous mettons en route lentement en filant « azimut » en direction du Col d’Hurtières. La reprise est dur pour Steven, mais sans se plaindre il avance.

Nous atteignons le col, traversons la prairie de Vavarey, et retrouvons une nouvelle fois le refuge des Bannettes. Nous en profitons pour faire une dernière pause-café.

La suite sera une longue descente vers le Fontanil, par le même itinéraire qu’a la montée. Steven passe en mode « automatique », les pieds douloureux avançant presque tout seuls. Nous atteignons enfin la vallée et entrons dans le tram, climatisé, avec la sensation d’avoir vécu une aventure extraordinaire.

Deux jours dans un coin de Chartreuse que je ne connaissais pas, deux jours à partager ma passion pour la montagne avec Steven, deux jours à en prendre pleins les yeux. En bref, deux jours de pur plaisirs, d’efforts physique. Deux jours de plus pour aimer encore un peu plus ce magnifique massif de la Chartreuse.

En deux jours j’aurais parcouru 46km et grimpé 3000 mètres de D+, un bon week-end choque comme disent ce qui s’entraîne pour des courses.

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